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Madame COQUIOT se disait enfant de la balle. Elle avait été la vedette de nombreux chapiteaux. Elle pratiquait à sa manière le sport automobile. Casse-cou renommé en divers numéros plus périlleux les uns que les autres, sa réputation s’étend à toute l’Europe puis franchit l’Atlantique.
Tantôt surnommée l’auto bolide, la femme-canon ou le bilboquet humain, « Mauricia de Thiers » fait battre nombre de cœurs masculins. En 1910, elle devient l’épouse d’un éminent journaliste et critique d’art apprécié et redouté, Gustave Coquiot. Connue dans le monde du spectacle comme Mauricia de Thiers, elle s’appelait réellement Anaïs-Marie dite Mauricia Betant. Elle est née à Thiers dans le Puy de Dôme, le 21 juin 1880.
Elle acheta à Othis une charmante maison rurale située dans la rue d’Orcheux. Elle l’appela « Froids Vents ». Sitôt installée, elle découvre le mode de vie des Othissois qu’elle côtoie avec une imposante simplicité.
Elle devient leur amie. En l’absence du maire Victor Cotelle, prisonnier, Florent Gatté le remplace pendant l’occupation allemande. Peu après la Libération, une ordonnance préfectorale demande que soient nommées des personnes destinées à reconstituer un conseil municipal. Mme Coquiot accepte bien volontiers de s’intégrer à l’équipe, à nouveau dirigée par Victor Cotelle. Les élections municipales sont organisées les 29 avril et 13 mai 1945. Aussitôt réuni, le nouveau conseil élit le maire à l’unanimité, Mme Coquiot. Il n’y eut alors que deux femmes maires dans le département, et elle fut la seule à oser assister au Conseil de révision.
Bien malgré elle, elle était imposante au physique comme au moral. A l’époque, la mairie d’Othis n’était qu’une modeste pièce située au premier étage du bâtiment communal. L’escalier y menant craquait de manière magistrale sous le poids de la première magistrate du village. Spirituelle jusqu’au bout des doigts, elle plaisantait volontiers de son embonpoint : « Jeune fille, je fus écuyère et j’imagine le regard inquiet du cheval qui me verrait aujourd’hui ! »…
Son langage châtié, les idées cartésiennes qu’elle trouvait dans les volutes bleues de la fumée du tabac, sa faculté à sérier les difficultés, son talent à prendre les décisions opportunes, inspiraient le respect de tous. Elle savait aussi, à bon escient et dans la plus grande discrétion, faire jouer dans l’intérêt général les nombreuses et importantes relations qu’elle avait entretenues dans les milieux les plus divers.
Forte de tous ces atouts, elle avait pris l’habitude d’étudier minutieusement les affaires dont l’assemblée municipale avait à connaître et de ne présenter, lors des réunions, que des dossiers complets comportant toujours une solution à concrétiser. Elle était très consciente des urgences à traiter. Sa sensibilité particulière aux questions artistiques et culturelles l’incita à s’inquiéter de l’état de l’église. Forte de l’appui de tout le conseil, elle sut obtenir des « beaux-arts » le maximum de subventions et paracheva le financement en organisant dans le pré de la Jalaise le long de la route de Dammartin, une grande fantasia avec le tonitruant concours des spahis de Senlis.
Elle n’oubliait pas pour autant les nécessités quotidiennes. Lorsqu’elle aborda pour le résoudre le problème de l’eau potable, elle trouva la formule imagée qui frappe les esprits à convaincre :
« Ici, c’est le grenier de Paris. Naturellement il y a plus de têtes de bovins que de têtes d’habitants. Et comme les grosses bêtes boivent plus d’eau que les habitants, nous n’en avons pas assez… ».
Régulièrement réélue, elle ne quitte plus son poste. Les registres de l’état civil gardent sans interruption le souvenir de son élégante signature du 12 août 1945 au 12 septembre 1964. Elle décède brutalement le 14 septembre 1964 à 16 h en son domicile des Froids-Vents. |